Max Jacob

Dossier Max Jacob
(dossier composé par Tristan Hordé)

 

1. Ce qu’ils en ont dit (Leiris, Cadou, Apollinaire, etc.
2. Biographie et bibliographie
3. textes

  1. Ce qu’ils ont dit de Max Jacob


Autoportrait
Elles sentent le tabac ! Elles sont trop petites, trop larges, dures, aux ongles minuscules et rognés, mais elles portent une très belle émeraude et un saphir. J’ai sur des poignets en cellular (mode 1910) des sélénites. Je suis petit, chauve, rasé, blanc, 50 ans, à peine voûté ; j’ai un gros front bête ridé, un grand pardessus noir, un col rabattu et une petite cravate d’instituteur. Sabots ! Voilà pour l’élégance. En voyage, j’ai un air d’évêque ou d’Américain ; ici, l’air d’un paysan, d’un vieux cabotin en casquette, avec, vaguement, une ressemblance avec Baudelaire ou Marcel Schwob. En réalité je suis indéfinissable : une bonne personne bavarde, méchante en paroles vengeresses, commère. [...]

Lettre du 4 mars 1927, de Saint-Benoît-sur-Loire, à Yvon Belaval, dans Yvon Belaval, La rencontre avec Max Jacob, Vrin, 1974, p. 16.

 
L’on a souvent répété que Max Jacob était bon. Oui certes, il fut bon, très bon, mais il faut ajouter que cette bonté fut si entière qu’elle le portait à se montrer impitoyable dès qu’il s’agissait d’atteintes à la forme, la belle forme que de son art prestigieux ne définit aucune loi. Il fallait faire comme lui : de la poésie pure et innocente avec ce qui bouge simplement dans la vie. Rester attentif, modeste et blanc. Les syllabes lancées en l’air, si l’astre qui vous guide est vigilant, retombent et marchent. Abolir l’orgueil, aimer ce qui est aimable, croire, croître. C’est cette simplicité qui l’a fait inimitable. Mais c’est surtout la religion, cette foi intrépide et ferme, cette pratique, cette solitude heureuse. Ainsi bonté ne s’appelait plus bonté si elle se dépensait à rebours des intentions. Je me rappelle un jeune homme, 6, rue Gabrielle, qui était venu le trouver pour lui soumettre des rimes inspirés par des sujets tels que la politique. « Fermons la fenêtre, avait dit Max, je vais vous plonger un poignard dans le cœur. »
Il lui démontra que sa chose était exécrable, qu’il valait mieux ne pas faire de poésie que d’en faire de pareille, qu’il y avait peut-être là les éléments de quelque chose, mais qu’il fallait abolir ceci, abolir cela, et donner de l’importance au contraire à ce qui avait été aboli qui était probablement l’essentiel tout près. Donc, savoir discerner l’essentiel au lieu de le fouler, première chose. Ensuite la poésie c’est vivre. On ne l’a pas sans un élémentaire savoir qui n’est ni plus ni moins que le savoir-vivre. Cela on l’apprend s’il vous fait défaut.
Ce discours était long et cruel. Je ne savais où me mettre. Ce jeune, à sa place, je l’eusse éconduit décemment. Lui, ne voulait pas. Il le voulait dépecer. C’était la forme que revêtait ce jour-là son immense bonté. Dieu sait si maintenant je l’approuve.
Charles Albert Cingria, dans La Parisienne, n° 4, 1953, repris dans Ouvres complètes, tome X, édition L’Âge d’Homme et Mermoz, s. d., p. 201.

On verra à travers ces pages trop courtes que l’auteur du Cabinet noir,[ …] habillé en gros velours à côtes des charpentiers, entre la salamandre rétive et les imprécations circonstanciées de son hôtesse, malgré l’ennui, l’indigence et le fatalité abattus sur lui, que cet homme étonnant, plus mal connu que méconnu, conservait toute son estime et toute son attention aux piétinements de ses cadets. Toute sa science, tout son amour, sa parfaite connaissance des hommes et des livres étaient mis courageusement à leur disposition. Il s’évertuait avec patience à les remettre en selle, à leur faire voir, par-delà les paysages inconstants de l’art, la maisonnette aux tuiles rouges, dont Jean-Jacques s’était plu à peindre en vert les contrevents. Ai-je voulu dire le bonheur ? En tout cas, celui de produire, d’accréditer un peu plus la beauté, d’ajouter quelques onces d’eau douce à cet océan de détresse où la jeunesse se débat.
René Guy Cadou, Esthétique de Max Jacob, Seghers,1956, p. 15-16.

 
Max Jacob a écrit toute sa vie ce que d’autres poètes bouffons, depuis l’origine des sociétés, ont parlé à haute voix. Les Fous plus sages que le sage, les amuseurs plus graves que les graves, les tresseurs de fatrasies et les vielleux de galimatias, les tourneurs de complaintes et les railleurs macaroniques, les imitateurs insolents et les derviches moqueurs, c’est presque toujours dans les marges de la société, dans les « mauvais lieux », de la cour des miracles au Théâtre de la Foire, du cabaret au music-hall, qu’ils ont tendu le fil du funambule où ils miment, en jouant à trébucher, la démarche des grands, la marche de chacun, et la chute de tous. Max Jacob fait faire son entrée moderne dans les lettres imprimées à une grande tradition orale. Le clown blanc au maillot rose se mue en écrivain. La littérature parlée, ou le livre du colporteur, l’almanach des calembredaines et de satire sociale deviennent la littérature tout court.
Claude Roy, Préface aux Ballades, Gallimard, 1970, p. 9.

 
Max Jacob situe toute littérature – et la sienne – dans l’ensemble de notre vie. Il apprécie le littérateur et l’artiste : mais il y a aussi l’avocat, l’abbé, le concierge, la demoiselle professeur au lycée de Cherbourg, le conseiller municipal, le policier, le marin, le maroquinier, l’employé de l’entrepôt Voltaire, tous les personnages de ses romans, du Cinématoma, du Cabinet noir. Il sait que la sensibilité de l’art n’est pas la seule, ni peut-être la plus humaine. Nul ne l’a plus vive que lui, qui « trempe son roseau dans le sang de son cœur ».
Yvon Belaval, Préface à : Le Laboratoire central, Poésie/Gallimard, 1980, p. 28.

 

Max Jacob (essai d’un portrait)

(sur Le Cornet à dés)
Dans Le Cornet à dés, Max Jacob a donné son livre le plus important jusqu’ici. Son inspiration y est variée à l’infini, depuis l’ironie jusqu’au lyrisme, qui se mêlent de façon inattendue dans ces poèmes en prose. Peu d’auteurs ont plus que Max Jacob de la liberté vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. Cela lui permet de disposer d’une somptueuse fantaisie où tout trouve sa place, sauf la tristesse et la désespérance.
Apollinaire, dans Œuvres complètes en prose, Pléiade, tome II, p. 1409-1410.

« Tout ce qui existe est situé. » Phrase liminaire de la préface très classique qu’en 1916 Max Jacob écrivait pour Le Cornet à dés [...]. Prendre au mot Max Jacob et tenter de le situer, lui, classique par sa maîtrise de la langue, la limpidité de son style et sa volonté rarement démentie d’organiser le texte en une claire composition, mais romantique par le baroque d’une invention qui va du plus grave au plus burlesque, l’appel fréquent à l’expérience vécue (fût-ce dans la vie seconde d’un rêve ou d’une rêverie), la profondeur viscérale du sentiment et l’ouverture sans réticence aux grands aveux, situer cet homme aux facettes si nombreuses, mais chez qui le souci artiste, les abandons passionnés et le désir primordial de vraie vie apparaissent finalement fondus en une bouleversante unité, est une tâche épineuse pour l’essayiste quel qu’il soit et pire encore, cela va sans dire, pour celui qui ne dispose que de quelques pages.
Michel Leiris, « Tout ce qui existe est situé », dans Zébrages, Gallimard, Folio-essais, 1992, p. 119-120.
 

Max Jacob, ou la grâce. Si la poésie dit quelque chose à l’homme – quelque chose que ne lui disent pas le roman, ni la philosophie – ce doit être ceci : que tout soit nouveau.
C’est à cela, il me semble, que l’on reconnaît le poète, à cet appétit démesuré de nouveau, jusqu’à l’ivresse, jusqu’à la folie parfois. Alors ce n’est pas affaire de quelques adjectifs, ni recherche de quelques impressions particulières sur l’esprit du lecteur, mais désir de changer le monde, et pour cela de changer le langage, de se changer tout entier, de se retourner. Au plus profond, il y a ce désir, comme un qui perdrait son enveloppe humaine et revêtirait la parure de l’ange, ou comme un qui se perdrait dans le gouffre de sa propre géhenne. Le chamane, au moment de l’extase, entend venir vers lui les esprits, dans un bruit de galop, dans une rumeur inconnue qui l’angoisse et le ravit. Puis, le moment venu, il se sépare de lui-même, il prend son vol au-dessus du monde.
Max Jacob appartient à cette famille d’hommes, Apollinaire, Desnos, Artaud, Joë Bousquet, pour qui l’expression poétique n’est pas celle d’un moment, mais de toute la vie. Elle délivre dans la souffrance et dans la joie un secret fermé au cœur, un secret qui est toute leur raison d’être. Écrire, alors, c’est tenter d’ »extérioriser », comme le dit Max Jacob, tenter de rendre visible ce secret, pour le partager. Cette poésie est incantatoire et divinatoire, elle est débordement sur le futur.
J. M. G. Le Clézio, Préface de Derniers poèmes en vers et en prose, Poésie/Gallimard, 1982, p. 7-8.

Les premières consignes concernant la poésie moderne dans l’Art poétique signalent ce dont il faut se débarrasser : « l’idée » qui « doit se faire excuser », mais également « suppression de l’âme, du cœur, etc. ou admis en cas de nécessité absolue », puis « suppression dans toute poésie (même moderne) du style critique cérébral, philosophique, journalistique », enfin « ne pas stigmatiser les hommes, les mœurs ». Pourtant Jacob utilise ces styles, mais détournés de leur fonction originelle, pour les métamorphoser en moyens poétiques. Ici, il refuse toute préoccupation étrangère à la construction du poème, tout message au service duquel serait la poésie. L’anti-conformisme du Cornet à dés a frappé les contemporains. [...] Il est vrai que le poème en prose apparaît l’expression la plus adéquate et la manifestation la plus poussée de son esthétique. Ces courts textes devaient plus que tout autre heurter les habitudes, ne répondant à aucun des critères anciens. Ni « paraboles baudelairiennes ou mallarméennes », ni récits hallucinatoires à la manière de Rimbaud, ils présentent un monde autarcique, « situé », dira l’auteur, de façon à ménager l’éloignement nécessaire pour que le lecteur se sente attiré hors de son univers.
Christine Van Rogger-Andreucci, Max Jacob acrobate absolu, Champ Vallon, 1993, p. 52.

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                              2. Biographie et bibliographie

 

Biographie :

 

Max Jacob Alexandre est né en 1876 à Quimper. Il entre à l’école coloniale en 1894 à Paris et commence des études de droit (il obtiendra sa licence). Sous le pseudonyme de Léon David, il signe à partir de 1899 des articles de critique d’art. Il vit d’emplois provisoires pendant des années. Il rencontre Picasso (qui s’installe chez lui) en 1902, Apollinaire et André Salmon en 1904. Sa conversion au catholicisme date de 1909, après une apparition du Christ, mais il ne sera baptisé, sous le nom de Cyprien, qu’en 1915, avec Picasso pour parrain
De 1903 (Histoire du Roi Kaboul Ier et du marmiton Gauwain) à 1917, année du Cornet à dés, ses livres sont presque tous édités à compte d’auteur. Le Cornet à dés lui vaut immédiatement l’hommage de jeunes écrivains comme Malraux, Aragon, Artaud. Max Jacob écrit dans la revue de Reverdy, Nord-Sud, et collabore à la revue Littérature, qui deviendra l’organe des surréalistes. En 1920, il expose ses gouaches à la galerie Bernheim
Il s’installe en juin 1921 à Saint-Benoît-sur-Loire, siège d’une abbaye bénédictine, pour y vivre dans la religion sans pour autant être complètement dans la solitude : il reçoit des visites (Leiris, Dubuffet), retourne en Bretagne (1922), voyage en Italie (1925), donne des conférences à Madrid (1926). Il retourne à Paris en 1928, manque d’argent et vit grâce à des conférences et, surtout, au soutien d’amis. Il rejoint Saint-Benoît en 1936.
Viennent la défaite de 1940 et, surtout à partir de 1942, la chasse aux Juifs. Plusieurs membres de sa famille sont arrêtés et lui-même le sera en février 1944. Emprisonné à Orléans, il est ensuite transféré au camp de Drancy où il meurt d’une pneumonie le 6 mars 1944.

 

Bibliographie :

Histoire du Roi Kaboul Ier et du marmiton Gauwain ; réédition Gallimard, 1980.
Le Géant du soleil.
La Côte.
Saint-Matorel, illustré par Picasso ; réédition Gallimard, 1936.
1912 Les Œuvres burlesques et Mystiques de Frère Matorel mort au couvent de Barcelone ; réédition Gallimard 1936.
1914 Le Siège de Jérusalem, illustré par Picasso ; réédition Gallimard, 1936.
Les Alliés sont en Arménie.
Le Cornet à dés ; Poésie/Gallimard, 1978.
Le Phanérogame ; réédition Gallimard, 1968.
La Défense de Tartufe.
Le Cinématoma ; réédition Gallimard, 1929.
Dos d’Arlequin, illustré par l’auteur.
Ne coupez Mademoiselle ou les erreurs des PTT ; 4 lithos de Juan Gris.
Matorel en province.
Isabelle et Pantalon, opéra-bouffe.
Le Laboratoire central ; Poésie/Gallimard, 1980.
Le Roi de Béotie ; réédition Gallimard, 1980.
Adès.
Art poétique ; réédition L’Élocoquent, 1988.
Le Cabinet noir ; réédition Gallimard, l’Imaginaire, 1978.
Filibuth ou la montre en or ; réédition Gallimard, 1968.
Le Terrain Bouchaballe ; réédition Gallimard, 1964.
Visions infernales ; réédition dans Ballades, Gallimard, 1970.
L’homme de chair et l’homme reflet.
Les Pénitents en maillots roses ; réédition dans Ballades.
Le nom.
Fond de l’eau ; réédition dans Ballades.
Sacrifice impérial ; réédition dans Ballades.
Tableau de la bourgeoisie, illustré par l’auteur.
Rivage ; réédition dans Ballades.
Bourgeois de France et d’ailleurs.
Morceaux choisis.
Chemin de croix infernal.
Ballades ; réédition Gallimard dans Ballades, 1970.

Publications posthumes :
Conseils à un jeune poète, suivi de Conseils à un étudiant.
Derniers poèmes en vers et en prose ; réédition Poésie/Gallimard, 1982.
1947 En février 1942, Max Jacob écrivait.
1948 Le Symbolisme de la Face
1949 Le Miroir d’astrologie, en collaboration avec Claude Valence.
Romantische.
Trois quatrains.
Poèmes de Morwen le gaélique.
Correspondance, tome I
Théâtre I. Un amour du Titien. La Police napolitaine.
Le Cornet à dés II
.
Correspondance
, tome II.
Chroniques des temps héroïques, avec 3 pointes sèches et 24 dessins de Picasso.
À bâtons rompus
, avec 5 eaux-fortes de Villon.
L’Homme de cristal.
Le Terrain Bouchaballe, pièce.
Max Jacob/Léon David, Chroniques d’art, 1898-1900.
1996 Actualités éternelles, poèmes, édition présentée par Didier Gompel-Netter et annotée par Marcelle Gautrot, éditions de La Différence.

Il faut ajouter 4 Recueils de méditations et de très nombreux ensembles de correspondance, avec par ordre alphabétique :
Marcel Béalu : Lettres à M. B., E. Vitte, 1959.
Jean Cocteau : Correspondance avec J. C., 1917-1944, Paris-Méditerranée, 2000.
Jean Colle : Lettres à J. C., 1923-1943, Mémoire de la Ville, Douarnenez, 1996.
Bernard Esdrass-Gosse : Lettres à B. E-G, Seghers, 1953.
Florent Fels : Lettres à F. F., Rougerie, 1990.
Lionel Foch : Lettres à L. F., éditions Apogée, 2006.
Nino Frank : Lettres à N. F., P. Lang, 1989.
Charles Goldblatt : L’amitié : lettres à C. G., Le Castor astral, 1994.
Robert Guiette : Lettres à R. G., éditions des Cendres, 1996.
Jean Grenier : Lettres à un ami, correspondance avec J. G., Le Temps qu’il fait, 1992.
Edmond Jabès : Lettres à E. J., éditions Opales, 2003.
Marcel Jouhandeau : Lettres à Marcel Jouhandeau, avec quelques lettres à Madame Marcel Jouhandeau et à Madame Paul Jouhandeau, Droz, 1979.
Michel Leiris : Lettres à M. L., Honoré Champion, 2001.
Michel Levanti : Lettres à M. L., Rougerie, 1975.
André Level : Lettres à André Level, Quimper et Université de Brest, 1994.
Jacques Maritain : Correspondance avec J. M., Université de Brest, 1999.
Pierre Minet : Lettres à P. M., Calligrammes, 1988.
Jean Paulhan : correspondance avec J. P., 1915-1941, Paris-Méditerranée, 2006.
Liane de Pougy : Lettres à L. de P., Plon, 1980.
René Rimbert : Lettres à R. R., Rougerie, 1983.
Roger Toulouse : Lettres à R. T., Troyes, Librairie bleue, 1992.
les Salacrou : Lettres aux Salacrou, 1923-1926, Gallimard, 1957.
René Villard : Lettres à R. V., Rougerie, 1978.

ensemble auquel on ajoute :
Correspondance : les amitiés et les amours, lettres réunies par Didier Gompel Netter, éditions du Petit Véhicule, 2003, 3 tomes.

Études :
André Salmon, Max Jacob poète, peintre, mystique et homme de qualité, 1927.
Yvon Belaval, La rencontre avec Max Jacob, 1946, réédition Vrin, 1974.
Louis Émié, Dialogues avec Max Jacob, Corréa, 1954, réédition Le Festin, 1994.
Jean Rousselot, Max Jacob au sérieux, Subervie, 1958.
André Billy, Max Jacob, Poètes d’aujourd’hui, Seghers, 1960.
Robert Guiette, Vie de Max Jacob, Nizet, 1976.
René Plantier, L’Univers poétique de Max Jacob, Klincksieck, 1976.
Lina Lachgar, Max Jacob, album, Veyrier, 1981.
Christine Van Rogger-Andreucci, Poésie et religion dans l’œuvre de Max Jacob, Honoré Champion, 1990.
Christine Van Rogger-Andreucci, Max Jacob acrobate absolu, Champ Vallon, 1993.
Max Jacob, poète et romancier, actes du colloque de Pau, 25-28 octobre 1994, texte réunis par Christine Van Rogger-Andreucci, Presses universitaires de Pau, 1995.
Max Jacob et la création, textes réunis par Arlette Albert-Birot, éditions Jean-Michel Place, 1997.
Max Jacob à la confluence, actes du colloque de Quimper, 21-23 octobre 1994, textes réunis et présentés par André Guyon, Bibliothèque municipale de Quimper et Université de Brest, 2000.
Lina Lachgar, Arrestation et mort de Max Jacob, éditions de La Différence, 2004.
Max Jacob et l’École de Rochefort, sous la direction de Jacques Lardoux, Presses de l’Université d’Angers, 2005.
Béatrice Mousli, Max Jacob [biographie], Flammarion, 2005.

Numéros spéciaux de revues :
Le Disque vert, n° 2, novembre 1923.
Cahiers du Sud, "Passage de Max Jacob", n° 273, 1945.
Simoun, nouvelle série, "Tombeau de Max Jacob", n° 17-18, 1957.
Europe, n° 348-349, avril-mai 1958.
Io, n° spécial, "Pour en revnir à Max Jacob", 1969.
Cahiers du Centre de Recherches Max Jacob, n° 1-10, 1978-1988, Université de Saint-Étienne.
Revue des Lettres Modernes : Max Jacob,  n° 1 : Le poème en prose (1973), n° 2 : Romanesques (1976), n° 3 : Spiritualité de Max Jacob (1981).

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3. Textes de Max Jacob

Nocturne

Sifflet humide des crapauds
bruit des barques la nuit, des rames...
bruit d’un serpent dans les roseaux,
d’un rire étouffé par les mains,
bruit d’un corps lourd qui tombe à l’eau
bruit des pas discrets de la foule,
sous les arbres un bruit de sanglots,
le bruit au loin des saltimbanques.
Max Jacob, Les Pénitents en maillots roses (1925), dans Ballades, Gallimard, 1970, p. 217.


Le roman

Il n’y avait jamais eu qu’un rez-de-chaussée bourgeois pour moi : c’est deux petites fenêtres à Quimper ouvertes sous un petit balcon. En revenant du collège, nos regards étaient là. Un jour, pour se venger de quelque farce, on jeta de la fenêtre de l’encre sur mon pardessus. Quelle méchanceté ! des perles violettes ! je tins le poignet coupable et j’attirai dehors la hanche d’une femme sous un peignoir. Cette femme devait, un jour, être la mienne.

 Max Jacob, Le Cornet à dés (1917), Gallimard, 1945, p. 79.


Ma vie

 La ville à prendre est dans ma chambre. Le butin de l’ennemi n’est pas lourd et l’ennemi ne l’emportera pas car il n’a pas besoin d’argent puisque c’est un conte et seulement un conte. La ville a des remparts en bois peints : nous les découperons pour les fixer dans notre livre. Il y a deux chapitres ou parties. Voici un roi rouge à couronne d’or qui monte sur une scie : c’est le chapitre II, quant au chapitre Ier je ne m’en souviens plus.

Max Jacob, Le Cornet à dés (1917), Gallimard, 1945, p. 193.

Te voilà averti !

Sans Lumière la chambre ! sans porte ni fenêtre ! sur un lit, il souffre de tous les coins de son pauvre corps. Aucun espoir d’un secours, d’un soulagement. Aucun espoir qu’il mourra même de ses maux. Aucune fin pour cette chambre noire, cette insoutenable maladie, ce hurlement d’accouchée. Jamais plus rien d’autre.
Max Jacob, Visions infernales (1924), dans Ballades, Gallimard, 1970, p. 41.

 

Le sommeil

 

Au Cher Igor Markevitch

Veilleur de nuit, veilleur de nuit,
Dans les rais d’argent de la nuit.

Qu’y a-t-il de plus pauvre que l’homme endormi ?
La nuit ne caresse pas. Ô prison de la nuit !
Mais la pensée est une eau froide
Qui tombe sur ton cadavre vide.

Qu’y a-t-il de plus pauvre que la pensée ?
Elle féconde la misère de l’homme endormi.
Elle arrose la tête, elle l’ensemence.

Pitoyable être, je n’ai compris ton silence
Que dans le sommeil. Pas de dimanche
Pour le sommeil impitoyable de l’homme nu,
Même le songe n’est pas à lui.

Terne oreiller, ô dure terre pour mon épaule,
Songe mystère qui vient du pôle
À l’arbre qui rêve, à l’arbre qui dort,
Pareil est notre sort.
Veilleur de nuit, veilleur de nuit,
L’océan ne fait aucun bruit.
Voici la voile qui s’étale
Le bateau du lac de Stymphale.
Tamponnez le môle du sommeil
Rame nocturne, sabot, je m’éveille.
Max Jacob, Rivage (1931), dans Ballades, Gallimard, 1970, p. 175-176.

Fils de rois

Oiseaux, les oiseaux migrateurs
qui volent par sept et par quinze
se retournaient vers l’enchanteur
que j’étais avant que tu vinsses

Les fleurs sont toutes mes esclaves
les rois morts sont mes protecteurs
les diamants étaient le conclave
à qui je contai mes douleurs.

Dans un pays de clair-obscur
mes jeux d’enfants avec les fées
habillaient de pois de senteur
Juliette et trente coryphées,

filles du conte et de l’adage
écumes de tous les caps Nord
mers de merveille et de naufrages –
Sept années m’ont pris mes remords

Océan, prends mes coquillages
ô vent, les fleurs de nos cheveux
l’automne a pris tous les feuillages
le temps n’aura pris mes aïeux.
Max Jacob, [1935], dans Actualités éternelles, éditions de La Différence, 1996, p. 185

 

Madame la Dauphine
Fine, fine, fine, fine, fine, fine,

Fine, fine, fine, fine,
Ne verra pas, ne verra pas le beau film
Qu’on y a fait tirer
Les vers du nez –
Car on l’a mené en terre avec son premier né
En terre et à Nanterre
Où elle est enterrée.

Quand un paysan de la Chine,
Shin, Shin, Shin, Shin, Shin, Shin,
veut avoir des primeurs
Fruits mûrs –
Il va chez l’imprimeur
Ou bien chez sa voisine
Shin, Shin, Shin, Shin, Shin, Shin,
Tous les paysans de la Chine
Les ayant épiés
Pour leur mettre des bottines
Tine ! tine !
Ils leur coupent les pieds.

M. le comte d’Artois
Est monté sur le toit
Faire un compte d’ardoise
Toi, toi, toi, toi,
Et voir par la lunette
Nette ! nette ! pour voir si la lune est
Plus grosse que le doigt.
Un vapeur et sa cargaison
Son, son, son, son, son, son,
Ont échoué contre la maison
Son, son, son, son.
Chipons de la graisse d’oie
Doye, doye, doye,
Pour en faire des canons.
Le Laboratoire central, Poésie/Gallimard, 1980, p. 119-120.

Itinéraire du Père Lachaise

Un cèdre ombrage la tombe
où dort celle que j’aimais
chaque soir que le soir tombe
j’y vais prier en secret

Ô trottoirs toujours neufs
magasins lisses comme un œuf
Je suis Aluminium amincis, extraminces
Je suis messageries l’étranger la province
et moi je suis trente deniers
peintre poète et chansonnier
qui oserait me le dénier

Un cèdre ombrage la tombe
où dort celle que j’aimais
chaque soir que le soir tombe
j’y vais prier en secret

Ailleurs le haut-parleur des gares
« Les voyageurs pour Nice ou Nantes ou l’aventure »
« Les voyageurs pressés par la mort en voiture »
Et je voyais mon ange assis dans les premières
Seigneur ayez pitié de notre fourmilières
L’Homme de cristal, Gallimard, 1967, p. 112.

Ruine

 

Trois morceaux de tarte sur un coin de commode et sur une assiette. À cela, on voit que cette boutique fut une pâtisserie. Il paraît qu’il y eut là une boutique. Combien de fois les cloisons de plâtre furent avancées ! Il ne reste plus que la place d’un lit et ce lit même. Trois poils de barbe sur un coin de visage ! Trois coins d’un miroir brisé ! Il s’examine, c’est le fils de la maison : il n’y a plus de maison ! Un veston neuf ajusté à la taille. Un chapeau de paille sur le coin d’une oreille. Trois vieux faux-cols désempesés ont servi de serviette à sa toilette. On sort ? Il regarde... Personne ! le désert avant d’arriver à la plage déserte.

Derniers poèmes en vers et en prose [1961], Poésie/Gallimard, 1982, p. 112.

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