Pierre Garnier n'arrête pas de relever les similitudes visuelles, de mouvements, comme toute autre, toutes les similitudes entre un monde et un autre, une époque et une autre, de bond en bond, d'un premier souvenir à un deuxième souvenir. Les longs poèmes de Pierre Garnier avancent de répétition en répétition et installent comme une certaine "ritournelle". Aussi le passage du discours à la langue, que Pierre Garnier appelle le « poème » — pont de l'un à l'autre, jeu du passage, entre l'écriture, son produit (sa production), et l'écrivant se regardant l'effectuer, entre l'extérieur du poème et son intérieur — en train de se faire. Dans ses livres il y a encore, au niveau purement formel, la non distinction franche entre un poème et celui qui le suit. C'est alors le sens, la tête du lecteur, qui "sent" s'il est passé de la fin de l'un, au début de l'autre. Ce que j'appelle l'ésotérisme de Garnier, se loge dans le passage à l'intérieur de la phrase, entre un monde et un autre, qui produit un décalage, légèrement incompréhensible, très légèrement, sur l'abord de la première lecture. Une phrase commence : le lecteur est ancré dans un endroit, et au(x) mot(s) suivant(s), ce dernier est transporté ailleurs, dans un ailleurs qu'il n'aurait jamais imaginé au début de cette même phrase. Par la surprise, donc. Et la douceur, chaude, de la beauté qui en émane.
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Garnier : le poète de la perte.
©Alain Marc