La sextine

La sextine est une forme poétique fixe, complexe, dont l’invention est attribuée au troubadour Arnaut Daniel (1180-1210). La technique en a également été développée en Italie (Pétrarque).
C’est un poème sur deux rimes seulement, composé de 6 sizains (coblas) suivis d’un envoi (ou tornada) de trois vers, avec reprise des mêmes mots à la rime dans toutes les strophes, mais dans un ordre différent, la dernière rime étant reprise comme première de la strophe suivante. L’envoi de trois vers reprend deux rimes dans chaque vers (les six rimes sont répétées à la fin de chaque hémistiche, dans l’ordre où elles se présentent à la première strophe).
Il y a donc une triple construction, par rimes, par mots et par hémistiches dans le tercet conclusif.
Jacques Réda a écrit une très belle Sextine du fleuve dans La Course, page 86 (mais il ne suit pas toutes les règles très contraignantes, notamment en ce qui concerne la rime) 
Raymond Queneau a généralisé la sextine, et défini la n-ine ou quenine de n.

Sextine du fleuve (extraits)
Je pensais que jamais dans les branchages morts
Ne s'éteindrait le soir en hiver cette lampe
Qui semblait allumée aussi dans le cœur noir
Et bousculé. J'étais assis au bord du fleuve
imposant au silence un silence plus fort
Et dans l'air en cristal son haleine de vase.

Mais pourquoi remuer de nouveau cette vase
Au fond de la mémoire où les souvenirs morts
Remontent, vieux noyés dont les dents serrent fort
Un secret misérable ? Ils flottent sous ma lampe
Un instant et s'en vont au fil du même fleuve
En route maintenant vers l'estuaire noir.
[...]
Sextine du fleuve , La Course : nouvelles poésies itinérantes et familières (1993-1998). Gallimard, 1999., page 86.

Notice composée à partir du Dictionnaire de rhétorique et de poétique de Michèle Aquien et Georges Molinié, La Pochothèque et du Vocabulaire de la stylistique de Jean Mazaleyrat et Georges Molinié, PUF.
On pourra aussi consulter ce petit traité de la versification
©florence trocmé