Arlette Albert-Birot, Serge Pey, la bouche est une oreille qui voit

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Arlette Albert-Birot le dit d’emblée, ce qu’elle propose dans ces pages n’est pas un essai sur Serge Pey ni une analyse de sa poétique.
Elle ne caractérise pas son parcours dans l’œuvre et à la rencontre du poète, mais je crois que tout lecteur le vivra comme une balade empathique, une invite à la suivre sur les traces d’un personnage atypique qui va son chemin, armé (très pacifiquement même si la révolte fait partie inhérente de l’aventure) de ses bâtons, tout entier dans son dire.

Des scènes emblématiques
Car ici, c’est le dire la poésie qui compte avant tout et Arlette Albert-Birot excelle à le faire comprendre en dressant sur d’imaginaires tréteaux une série de scènes emblématiques. Scènes de la vie du poète, depuis sa première rencontre avec lui en juin 1986, au 4ème Marché de la poésie où « un curieux personnage déclame dans les allées du Marché armé d’un bâton ». Et depuis ce moment-là, dit Arlette Albert-Birot « semblable aux enfants entraînés par Hans le joueur de flûte, je continue à suivre passionnément Serge Pey ». La comparaison n’est pas innocente qui dit l’importance du son et la notion d’envoûtement (sur la fin du petit essai au demeurant il sera question de Pey « le poète-chaman, liseur de signes ! ») Et de proposer une sorte de nomenclature de tous ces objets qui accompagneront le poète dans ses pérégrinations, bâton de pluie, éponge, tuyau-derviche, grillons, etc. La poésie ici semble se matérialiser « toute la durée de son action, de sa performance, de la pointe des cheveux à la plante des pieds, tout son corps devient poème ». Une « poésie-action, aux avant-postes, pour attiser la mémoire, réveiller la conscience »
Mais quid de ces fameux bâtons dont joue sans cesse le poète qui reconnaît qu’il aime écrire sur ces bâtons, « journaux de bord », éléments clés d’installations, de rituels, de « pièges » à l’infini. « Difficile d’imaginer Serge Pey effeuillant des pages » . Car Pey est un « poète visuel qui inscrit ses textes sur des bâtons avec lesquels il réalise ses scansions ».

Les grandes thématiques
Si j’insiste tant sur les images, c’est que la mise en scène de la poésie est fondamentale dans le travail de Pey et cela Arlette Albert-Birot le montre de façon si vivante qu’elle donne envie de se précipiter la prochaine fois que l’on verra le nom de Pey sur une affiche. Mais elle sait aussi, selon la règle de la collection, présenter l’œuvre tout entière, traçant un chemin dans le foisonnement des livres qui ont ponctué la vie du poète, ces livres qui sont à la source de ses performances et où elle distingue toutes ses grandes thématiques, poètes cathares, corrida, inquisitions, marche : « la poésie est une marche de la langue qui fait le monde ». Arlette Albert-Birot lève le rideau sur maintes de ces scènes comme la terrifiante représentation du « poulet torturé ». Impressionnante aussi sa description de la rencontre avec Allen Ginsberg ou le musicien André Minvielle. Il y a au fond quelque chose de mimétique et donc de très fort dans son approche de l’entité Pey !

Une petite cinquantaine de pages en total accord avec la philosophie de la collection anthologique de Jean-Michel Place. Ici tout est important, la partie anthologique reprend le déroulement quasi chronologique du texte d’Arlette Albert-Birot et réveille les échos de ce texte, les photos permettent au lecteur de compléter l’image intérieure qu’il se sera immanquablement formée en lisant le livre : « Seule la bouche capable de devenir une oreille / est une vraie bouche » (Serge Pey). Et on trouve bien sûr une note biographique, une bibliographie très complète, en un mot tous les outils pour entrer plus avant dans le travail et l’œuvre de Serge Pey.

 
Arlette Albert-Birot
Serge Pey, la bouche est une oreille qui voit
Jean-Michel Place/ poésie, 2006.
isbn 285 893 842 3