Anthologie permanente : Marianne van Hirtum

avec mes remerciements à Tristan Hordé pour cette proposition

Le somnambule

c’était un si jeune homme. je l’ai vu passer dans les branches — un tout petit — un souterrain passage — quelque chose comme une marche à travers les arbres avec ce qu’il y a de nuit — de refus — de rigueur. certes on ne sait pas — on n’est plus de chaleur vivante. ému en plus — au-delà de toute espérance et dans la main déjà légère — transparente — déjà — le testament des feuilles qui vont partir.

          un tunnel — un passage petit.

          venant du citadin marais.

mais allant où ?
Marianne van Hirtum, Les Insolites, collection Métamorphoses, Gallimard, 1956, p. 47.
 

Poème

j’étais un chant de corbeau dans la vallée éteinte dit l’obscur — le corbeau — la chevrette —les hurlements de la perdrix blessée — celui qui vint dans la vallée —avait au doigt la bague du destin — moi qui écris des mots comme des anneaux d’or — aujourd’hui c’est l’été — je pars — j’écarte les chansons de la porte — l’été assis au milieu de mon lit — la liqueur rouge dans la main.
id., p. 80.
 

je commence à bercer mon temps
j’ai couturé un vêtement de tes absences
l’ai revêtu contre le mal
contre la faim.
j’ai cueilli des fleurs apaisantes
pour chanter la soif
qui pleurait si bien.
j’ai coiffé mon front de collines blondes
j’ai tout changé.
j’ai mené paître mes désirs à pas de chagrin
dans les plaines rondes où le soleil
est pour demain.
avec des brins de toi
au vent volés
l’un après l’autre
j’ai bâti une tout
qui double
est sans fatigue
dans le ciel.
id., p. 129-130.

note bio-bibliographique de Marianne van Hirtum

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